Vuelta al "Nuevo Mundo"...
Vendredi 18 Fevrier au petit matin, la sonnerie du téléphone portable résonne dans ma petite chambre d'hotel : pas de temps a perdre, c'est deja l'heure de me mettre en route vers l'aeroport...
Dans le taxi, le chauffeur me donne quelques éléments de reflexion par rapport aux questions que je me posais la veille. Apparemment, Santa Cruz et sa région est la zone la plus riche de la Bolivie. Ici tout est plus moderne. On y trouve beaucoup d'agriculture et une grande part des productions est exportee dans le reste du pays. La politique y est plus capitaliste et beaucoup de personnes ici n'aiment pas Evo Morales, le président. Première fois que j'entends un bolivien qui ne présente pas Evo Morales comme un sauveur de la Bolivie ! Intéressant d'écouter ce nouveau point de vue ! Selon le chauffeur, Evo Morales aurait tendance à desavantager Santa Cruz. Cela parait logique en y reflechissant : pas étonnant que sa politique n'arrange pas les plus riches s'il se positionne très clairement du côté gauche ! Mais que pensent ces gens quant à la relégitimisation et à la revalorisation des racines indigènes de la Bolivie initiées par Evo Morales? Ne sont-ils pas d'origine indigène ? Dans ma tête, je n'ai pas pu m'empecher de mettre en relation cette discussion avec celle que j'avais eu la veille avec un autre Bolivien, à priori bien aisé. J'avais l'impression qu'il voulait me montrer absolument le coté "développé" de la Bolivie, quitte à légèrement nier la pauvreté. Et puis j'ai repensé aussi à un monsieur avec qui on avait discuté dans un bus près de Copacabana : il sétait exclamé quelque chose comme : "A Santa Cruz, c'est pas la Bolivie" !
En essayant de comprendre un peu mieux la situation de la Bolivie, l'aéroport de Santa Cruz a rapidement pointé son nez.. Au revoir au chauffeur, dernier échange bolivien... Et début du trajet retour, long trajet...
Après avoir survolé la Bolivie, le Paraguay et l'Argentine, l'avion entreprend son atterissage sur les pistes de Buenos Aires vers 16h, avec une petite heure de décalage horaire en moins par rapport à la Bolivie. Retour à Buenos Aires un peu comme s'il fallait boucler la boucle en repassant par la case intiale ! Impression de me retrouver dans un aéroport beaucoup plus grand et beaucoup plus moderne ! Retrouvailles aussi avec l'accent argentin, leur façon joyeuse et conviviale de se comporter, avec leurs thermos et maté, les alfajores et leur dulce de leche omniprésents dans les comptoires ! Et pas mal de temps devant moi pour me replonger dans cette atmosphère d'aéroport argentin... 6h exactement. Du coup, poussée par une envie de hamburger / frittes aigue, j'ai tué le temps en me faisant une mission Mac Donald. Celae implique la galère des changements de monaie, tâche assez compliquée pour une si petite somme ! D'ailleurs pour la petite anecdote, au final, en un seul jour, j'aurais eu à faire à des bolivianos, des dollars, des euros et des pesos argentins ! Et c'est ensuite connaissant par coeur chaque recoin du terminal d'embarquement que j'ai enfin pu rejoindre ma place dans l'avion. 22h... Ronronnement puis grondement de moteur, une force me plaque soudainement contre mon dossier, je sens que l'on décolle... Ca y est, je quitte le continent américain pour de bon...Gwlad et Samo me paraissent déjà bien loin ! De plus en plus loin... Je regarde l'écran, c'est intriguant de suivre le trajet de l'avion. On est déjà au dessus de l'Uruguay ! Et puis maintenant, on atteint le Brésil. Rio de Janeiro est casi dépassé ! Ca y est, en pleins au dessus de l'Atlantique, quelque part. Voici comment j'ai passé le jour de mes 24 ans : partout et nulle part à la fois, déconnectée de l'espace et du temps...
Plus de 11h30 après, je dois rattacher ma ceinture de sécurité, j'apperçois à travers le hublot le relief de l'Espagne, notamment les collines qui entourent Madrid. Quel heure est-il déjà ? A priori, c'est le matin, le petit déjeuner en est la preuve. Mais officiellement, il est déjà casiment 14h. Applaudissements en coeur, atterissage réussi. Je m'empresse d'aller récupérer ma mochilla. Une fois la mochilla sur le dos, je me rends compte... C'est quand même sacrément différent ici ! L'aéroport est immense, moderne, tout parait neuf et rapide ! Aller, il faut ressortir le passeport, une fois de plus. Mais cette fois-ci, pas besoin de le montrer à quelqu'un : il faut glisser le passeport dans une machine, poser l'index sur une petite plaque et fixer un point lumineux sans sourire ! Je me sens presque comme dans Star Gate, quelle technologie ! Ca a d'ailleurs un côté burlesque cette situation : je ne peux pas m'empêcher de rire en observant tous ces gens qui doivent se concentrer à faire une tête d'enterrement devant la machine, parfois assez longtemps avant qu'elle détecte leur petit museau ! Et encore plus marrant, ce monsieur qui attend désespéremment l'index placé sur la plaque permettant d'ouvrir ensuite la porte pour sortir ! Les autres personnes, elles, passent sans soucis par l'autre porte qui est juste à sa droite ! C'est mon tour, je mets mon doigt à l'emplacement prévu et un petit rire m'échappe en le regardant. Mais apparemment, le monsieur, ça ne le fait pas rire ! La porte s'ouvre, je poursuis mon chemin.
Bus puis métro. Aucun soucis. Ici, tout est si simple, organisé, limpide. Le métro parait neuf, propre. Avec mon attirail d'aventurière, j'ai l'impression d'être comme un cheveu sur la soupe dans cet environnement. Je me sens sale, habillée comme un sac et beaucoup fixent ma mochilla verte fluo, avec les chaussures de marche qui pendent... Je sors station Bilbao. Et après une brève apperçue de la rue qui me parait drôlement chic, je rejoins mon auberge de jeunesse. Qu'est-ce que c'est propre ! Ha non, je ne m'installe pas sur le lit que je veux ? Ha oui, ok, les lits sont attribués à l'avance avec un numéro. Draps impécables. Mon Dieu ! Une douche qui fonctionne... Quelle bonheur ! J'en profite pour un décrassage en profondeur. Et ces toilettes ! Ô miracle, du papier toilette à disposition ! Et la cuisine ? Waou, il y aurait moyen de cuisiner n'importe quoi ici : cuisinière, four, micro-onde, grille-pain, toute la panoplie d'ustensils...
Y'a pas photo, la différence est flagrante après un mois en Bolivie... Pourtant, j'ai voyagé dans de bonnes conditions. Mais je l'avoue, qu'est-ce que je savoure tout ce confort, ce luxe ! Oui, ça commençait à me manquer, c'est vrai. Toutefois, je me régale avec une pointe d'amertume. C'est une fatalité à laquelle il est difficile d'échapper en retournant dans le "Nuevo Mundo" ! Impossible de ne pas repenser à l'histoire, au revers de la médaille, à la situation que l'Amérique du sud connaissait avant la colonisation et... ensuite... A ce qu'ont vécus les indigènes, aux dominations, aux soumissions, à la pauvreté, aux répercussions engendrées jusqu'à aujourd'hui... Ce n'est pas spécialement une remarque pour l'Espagne, le Portugal ou l'Angleterre, la France n'est pas plus exemplaire dans tout ça ! Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver cette situation injuste. Impression d'être retournée dans une bulle, dans un monde de télétubies. Un monde où on se rend même pas compte du confort dans lequel on vit. Franchement, a-t-on vraiment le droit de considérer tout ça comme un dû, une normalité ? Et pourquoi nous ?
Et en même temps, ce confort est-il indispensable ? Sommes-nous plus heureux que ceux qui n'en bénéficient pas ? Le confort n'appelle-t-il pas plus de confort ? Est-ce une fatalité de tomber dans le matérialisme quand on est dans le confort ? Beaucoup de questionnements... Tout ce que je peux vous dire, c'est que depuis que je suis rentrée, il est beaucoup plus difficile d'engager la conversation avec les autres. Comme si les choses les plus simples devenaient les plus compliquées...
Pas mal de temps pour penser à tout ça. Je suis en effet restée deux jours à Madrid. Occasion de me promener dans les différents quartiers, de me familiariser aux différentes atmosphères, marchés, parcs, endroits connus comme la Plaza Mayor... Occasion aussi de déguster un délicieux sandwish au "jamon" : le début d'une nouvelle addiction ! Et puis de m'habituer à ce nouvel accent espagnol, qui me plait bien aussi ! Légèrement plus rapide, les intonations sont différentes, les "Z" prononcés d'une autre façon et on n'emploie pas toujours les mêmes mots qu'en Amérique du sud (le plus difficile, la réutilisation du "vosotros"). Madrid me semble être une ville agréableà vivre. Je m'y suis sentie chez moi et j'ai eu plaisir à m'y promener ! Déjà, certes les gens se parlent moins qu'en Amérique du sud, mais ils sont plus accessibles qu'en France. D'autre part, la ville semble vivante et les Madrilènes bénéficient d'un grand parc pour se couper de la ville. Et gros point fort : malgré l'hivers, il était possible de visiter Madrid sans gros manteau !
Dimanche 21, j'ai sauté dans un bus, direction... Santander, dans le Nord de l'Espagne. Objectif : rendre visite à Elsa, ma coloc de Roumanie avec qui j'ai partagé casiment mes 8 mois de SVE... Et curieusement, dans le bus, mon voisin était... Argentin ! En compagnie de ce monsieur sympa, cette partie du trajet partagée est passée rapidement. Il avait beau être médecin, il m'a même fait la bise pour me dire au revoir ! Ha ces argentins, avec leur contact simple et convivial, ils vont me manquer ! Puis arrivée à la gare, j'ai enfin apperçu un peu plus loin la tête frisée d'Elsa, qui venait de faire une heure de route pour venir me chercher ! Super plaisir de la revoir ! Elle m'a conduite chez ses parents et m'a très bien accueillie ! Nous avons passé deux chouettes journées et demi ensemble. C'était agréable de pouvoir rediscuter de notre expérience Roumaine et de nous remémorer les petites anecdotes ! D'autre part, même s'il a beaucoup plu, Santander est une jolie ville, entourée de nombreuses plages. Et je peux vous dire que ce n'est pas là-bas que s'est terminé mon choque de propreté-modernité-confort !
Jeudi 24 à 6h30 du matin, après une dernière nuit de bus, je suis arrivée à... Barcelone ! Quelques heures devant moi pour découvrir la ville. Profitant du temps clément, j'ai traversé un certain nombre de rues, le port, le vieux centre... Et Barcelone ne manque pas de charme ! Il y règne une atmosphère méditéranienne, citadine et cosmopolite. J'ai particulièrement aimé le vieux centre : un labyrinthe de ruelles étroites et vivantes. En relevant les yeux quand on s'y promène, on observe des balcons ornés de vêtements qui sèchent, de fleurs, d'un vélo ou une grand-mère qui s'y accoude pour épier les passants ! Avant de repartir, petite dégustation de "churros y chocolate", une bonne auto-excuse pour déguster du chocolat étant toujours trouvable ! Puis, j'ai enfin rejoint l'aéroport. Surprise en constatant la taille : rien à voir avec celui de Santa Cruz qui parait minuscule à côté (même s'il ne sera jamais "côté" !) !
Nouveau trajet en avion, nouvel atterissage. Fatiguée... Et arrivée à Paris, de retour dans mon pays. Rien d'extraordinaire de revenir ici, un endroit de plus au final ! Peut être juste impression de froid. Le froid de l'hivers mais aussi celui des gens. Qu'est-ce que le RER m'a paru calme ! Heureusement, les retrouvailles avec ma famille m'ont bien réchauffé le coeur ! Qu'il est bon de retrouver tout le monde... Le nutella et le camembert aussi, il faut se rendre à l'évidence !
Je me permets de mettre en lien une video que je viens de découvrir : elle montre les différents projets qui ont été réalisés au sein de YMCA en 2010... Petit retour dans le passé, en Roumanie...